Des emblèmes officiels

Il existe des couleurs et emblème officiels : ils symbolisent et affirment la présence et le pouvoir français à la Martinique

1.1  Les couleurs et le drapeau officiel utilisés en Martinique sont le bleu-blanc-rouge, ceux de la France, puissance ayant conquis et administrant la Martinique.

Quand on dit « la France », il faut penser à deux choses :

- la nation française : une communauté de personnes, constituée par l’histoire et partageant une langue, un territoire, une même vie économique, ainsi qu’une formation psychique qu’on perçoit à travers les manifestations de la culture.

- l’Etat français : un ensemble d’institutions exerçant une autorité sur un territoire délimité par des frontières.

Ce territoire est constitué aujourd’hui de l’hexagone et de possessions en outre-mer. L’Etat français se vit comme un Etat-Nation, c'est-à-dire n’abritant qu’une seule nation : la nation française. (cf Pou nou alé pi lwen - Lexique)

 

Le problème, c’est que, dans les communautés outre-mer, des parties non négligeables de la population considèrent qu’elles forment  des communautés distinctes de la nation française, des peuples ou nations,  (cf Pou nou alé pi lwen - Lexique) et ceci même quand elles ne remettent pas en question leur appartenance à l’ensemble français, c'est-à-dire à l’Etat français… Sur le continent européen, cette problématique existe également en Corse.

Il apparaît clairement que le bleu-blanc-rouge est l’emblème de la nation française et de l’Etat français qui ne reconnait, en son sein, que l’existence de la nation française.

 

Et puis il y a aussi le fait que, dans l’hexagone, territoire historique de la nation française, des régions pleinement constitutives de la nation française revendiquent des spécificités et les marquent ou veulent les marquer par des symboles, et parmi eux l’emblème. C’est ainsi que chaque département ou chaque région peut utiliser un drapeau local le représentant. Ces drapeaux locaux sont basés sur les blasons des anciennes provinces de France et n'ont aujourd'hui aucun statut officiel. Ils sont parfois visibles sur les différents sites touristiques, historiques ou naturels des régions concernées.

1.2  En ce sens existe un autre drapeau, un emblème non officiel mais utilisé par les officiels pour « singulariser », « identifier » la Martinique au sein de l’Etat français : c'est le pavillon bleu et blanc aux quatre serpents.

En 1635, Pierre Belain d'ESNAMBUC prend possession de l'île au nom de la France.

En 1689, une ordonnance de COLBERT prescrit pour les navires marchands le port du pavillon bleu à croix blanche avec la possibilité d’y ajouter "telle autre distinction qu'ils jugeraient à propos… ». Il s'ensuit plusieurs variantes.

Le venimeux serpent trigonocéphale (appelé encore Fer-de-lance), présent seulement à la Martinique (Bothrops lanceolatus) et à Sainte-Lucie (Bothrops carribeus), provoque la mort de nombreuses personnes, bien que, semble-t-il, les Kalinagos aient transmis certaines recettes pour soigner les morsures.

L’Ordonnance du 4 août 1766 du général gouverneur et de l'intendant de la Martinique et Sainte-Lucie (Comte d'ENNERY et Seigneur de PEYNIER) est prise en partie pour mettre en garde contre ce serpent les personnes venant dans les îles.

"Tous les propriétaires de vaisseaux, bâtiments, goélettes et bateaux de la Martinique et de Sainte-Lucie feront pourvoir leurs bâtiments d'un pavillon bleu avec une croix qui partagera le dit pavillon en quatre; dans chaque carré bleu, et au milieu du carré, il y aura la figure d'un serpent en blanc, de façon qu'il y aura quatre serpents en blanc dans le dit pavillon, qui sera reconnu dorénavant pour celui de la Martinique et de Sainte-Lucie."

Code de la Martinique, repris dans "Histoire politique, économique et sociale de la Martinique sous l'Ancien Régime (1635-1789)"

C.A. Banbuck, Librairie Marcel Rivière, 1935. 

 

           

Sainte-Lucie cesse d'appartenir à la France en 1815. De sorte que, dès cette période, ce pavillon orné de quatre serpents trigonocéphales représente essentiellement la Martinique. 

Aujourd’hui encore, à côté du drapeau officiel bleu-blanc-rouge de l’Etat français, ce symbole est  apposé sur les édifices publics de la République française tels ceux de la préfecture et de l’hôtel de police (il y est d’ailleurs gravé dans le mur). Depuis 1999, suite à l’affirmation du drapeau par la commune de Sainte-Anne disent certains, les gendarmes présents en Martinique le portent également sur leur uniforme.

On l’observe aussi sur différents véhicules et uniformes des pompiers (même s’il est envisagé de le remplacer). Il est également repris à l'occasion d’événements caribéens, sportifs comme les Carifta games ou la Coupe caribéenne des nations de football  ou, récemment encore, lors du sommet des chefs d’Etats de l’AEC. 


       Institué par les autorités coloniales de l’époque, cet emblème est dénoncé et rejeté par un nombre de plus en plus important de Martiniquais, au nom de l’identité  et au nom de la dignité martiniquaise : il n’est pas l’émanation des Martiniquais mais celle d’acteurs coloniaux ; et il apparaît comme un symbole participant au projet colonial et notamment à ce qui est reconnu aujourd’hui comme un crime contre l’humanité dans la mesure où c’est ce pavillon qui était hissé par les navires qui se livraient à la traite négrière transatlantique ainsi que par les esclavagistes sur les habitations. (cf lettre ouverte écrite en avril 2007 par Claudette DUHAMEL aux candidats à l’élection présidentielle française).

 

            Dernièrement, durant le mois de juin 2016, au cours de l’émission « A l’abordage » sur Martinique première, l’idée a été émise que cet emblème aurait été créé par les corsaires. Et donc, qu’en termes de compromis, il serait préférable, pour représenter la Martinique, au drapeau bleu-blanc-rouge. Quand bien même, cette référence aux « corsaires » change t-elle fondamentalement les termes du débat ? Pas du tout ! En effet, qu’est-ce qu’un corsaire ? « Un corsaire est une personne [armateur, capitaine ou membre de l'équipage d'un navire civil armé]  autorisée [par une » lettre de marque » ou « lettre de commission » ou « lettre de course »] à attaquer en temps de guerre, tout navire battant pavillon d'États ennemis, et particulièrement son trafic marchand.  Il s’agit donc, non pas de pirates, mais d’une force militaire auxiliaire. Ils exercent leur activité selon les lois de la guerre, uniquement en temps de guerre et avec l'autorisation de leur gouvernement. Capturés, ils ont le statut de prisonnier de guerre. » 

Les corsaires font donc partie du dispositif colonial et participe au projet colonial. On peut difficilement imaginer que leur pavillon puisse traduire une existence, une affirmation, une singularité martiniquaise.