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Communiqué de presse à propos de la "consultation drapeau" organisée par la CTM

1- Nous nous situons dans le camp de ceux qui pensent que ce qu’on nomme communément (selon les sensibilités) la communauté, la nation, le peuple martiniquais, a le droit d’avoir un drapeau et un hymne. Nous sommes contre toute dilution, toute invisibilité, toute négation de notre Existence collective, au sein d’un ensemble, y compris au sein de l’Etat français. Nous nous situons aussi dans le camp de ceux qui pensent que la CTM dispose de la légitimité pour débattre de la question du drapeau et de l’hymne et prendre une décision. 

 

2- Nous sommes un mouvement citoyen, indépendant de toute structure politique, religieuse, administrative.

 

3- Nous nous félicitons du fait que, sous l’effet des luttes menées depuis cinquante cinq ans et de leur intensification depuis 2009, le Président de la  République française a pris la décision d’écarter le drapeau bleu et blanc aux quatre serpents. Qu’aujourd’hui, également, l’institution regroupant les élus martiniquais (actuellement la CTM) met à l’ordre du jour la question de l’adoption d’un drapeau et d’un hymne « pour les déplacements culturels et sportifs de la Martinique à l’international ». 

 

Cependant, nous sommes obligés de dire que la démarche choisie par la direction de la CTM soulève de sérieuses interrogations, et risque de rendre illégitime la décision qui sera retenue.

 

4- On parle d’un drapeau « pour les déplacements culturels et sportifs de la Martinique à l’international ». D’abord peut-on morceler ainsi les symboles de notre identité ? Et puis, on se doute bien qu’un tel drapeau, accompagnant les manifestations sportives et culturelles, fortement médiatisées, cristallisant les émotions des sportifs, des artistes et du public, sera vite perçu, en Martinique et à l’international, comme « le drapeau de la Martinique ». 

 

On dit aussi qu’il ne s’agit pas d’un « drapeau politique » parce que « la Martinique n’est pas un Etat ». Pourtant, l’histoire et l’actualité démontrent très clairement qu’il n’est pas vrai qu’un peuple, qu’une nation, qu’une communauté historico-culturelle, aient besoin d’avoir un Etat, d’être indépendants ou même autonomes, pour avoir des couleurs et un drapeau ! Par ailleurs, le combat pour un drapeau et un hymne martiniquais est un combat qui a une dimension politique incontestable. Pour une communauté historico-culturelle comme la nôtre qui s’est construite et se construit dans la lutte contre le racisme esclavagiste et post-esclavagiste, contre l’assimilation, pour la liberté, la justice, l’identité et la responsabilité, c’est le combat pour  la reconnaissance, par nous-mêmes et par tous, de notre Personnalité, de notre Singularité, bref de l’Existence et de la Volonté d’Existence collective des Martiniquais. Le drapeau et l’hymne sont les symboles unitaires de cette lutte qui est au cœur de notre histoire, et qui ne se limite pas seulement à telle ou telle revendication statutaire.  

 

5- On peut donc se demander comment une question d’une aussi grande importance peut être présentée comme essentiellement technique, au travers d’un jeu-concours ? Pourquoi n’a-t-on pas choisi plutôt un travail de commission reflétant les différentes opinions, un débat avec les forces vives du pays, notamment les mondes sportif et culturel, un débat au sein de la représentation politique actuelle de la communauté martiniquaise, l’Assemblée territoriale, et une décision prise par cette assemblée ?

 

« Quelle légitimité aurait un drapeau qui ne serait pas enraciné et validé par l’expérience de notre peuple, qui ne serait que le résultat d’un concours d’expressions et d’imaginaires individuels, sur un court terme, de quelques artistes ? » 

 

6- Si on met de côté une approche étroitement politicienne, les couleurs et le drapeau rouge-vert-noir devraient être partie intégrante, un point de départ incontournable d’un tel débat et de toute proposition. 

 

L’article 2 du concours organisé retient comme un des critères que les projets réalisés doivent « refléter l’identité martiniquaise ». Mais quelle est l’essence de cette identité ? La mer, le ciel, tel ou tel élément naturel ou vestimentaire ? Ou le mouvement historique de notre peuple pour son existence ?

 

Et si on pose la question ainsi, peut-on considérer les couleurs et le drapeau Rouge-Vert-Noir en Martinique, comme les autres emblèmes de partis ou d’autres organisations ? 

 

Il est vrai qu’il y a une tentative de ghettoïser le RVN, de vouloir en faire l’emblème d’un parti, d’un courant, voire d’une personnalité. Mais essayons, loin des passions politiciennes, d’être un tant soit peu objectif.  

- Ces couleurs ne sont pas reconnues par un seul parti, mais par plusieurs partis qui ont d’ailleurs leur propre emblème (intégrant ou non le rouge-vert-noir).

- On dira que ce sont des organisations du mouvement nationaliste (autonomiste ou indépendantiste). C’est vrai ! Mais ces couleurs sont aujourd’hui brandies, et ce quelles que soient les sensibilités politiques, par de nombreuses associations (culturelles, écologistes, sportives), par nombre d’artistes, par des personnalités diverses, par de nombreux militants de partis n’ayant pas pris position sur la question, par de nombreux particuliers sans parti.

- Elles ont été reconnues, à différents moments de notre histoire, par des figures émérites de notre peuple. Parmi d’autres : Aimé Césaire, Edouard Glissant, Jean Bernabé, Marcel Manville, Guy Cabort-Masson…

- Elles ont accompagné des moments historiques de la lutte martiniquaise. Parmi eux : l’affaire de l’OJAM (à l’occasion de laquelle elles ont été associées en drapeau pour la première fois par Victor Lessort), le mouvement de janvier-février 1974, celui de 2009, le combat pour la disparition du pavillon bleu et blanc aux quatre serpents.

- Enfin, ces couleurs, prises séparément ou en association, sont enracinées dans la culture martiniquaise depuis plusieurs siècles : carnaval, lasotè, kay bèlè, fwomajé, vidé des vainqueurs, grenn réglis, grenn kalennda, mawo nwè, couleur de la terre de la ligne des mornes (Tras des neg mawon…).

 

Bien sur, ces couleurs ont été mises en valeur et associées en drapeau par le courant nationaliste. Mais cela est vrai de la plupart de nos marqueurs identitaires depuis le début des années 1960 : histoire, littérature, 22 Mai, langue créole, danmyé-kalennda-bèlè… A l’évidence, aujourd’hui, comme cela s’est passé pour la plupart de ces marqueurs identitaires, elles ont dépassé le cadre du mouvement nationaliste, elles interpellent désormais le mouvement identitaire dans son ensemble. Elles constituent « une création originale et une œuvre préexistante » révélées et portées par les dynamiques de l’histoire martiniquaise, qui incarnent l’énergie ancestrale de notre communauté.  Quelles autres couleurs sont aussi « chargées » de nous-mêmes ?

 

Alors, on entend bien : « rouge-vert-noir ne fait pas l’unanimité, il ne fait pas consensus ». Oui, mais comme le 22 Mai (et d’autres marqueurs identitaires) ne faisait pas consensus et unanimité ! L’important n’est-il pas d’expliquer ? A-t-on jamais vu un drapeau, à ses débuts, faire l’unanimité. Il a toujours rassemblé un camp ! Aujourd’hui, c’est celui de l’Identité martiniquaise, de l’affirmation de notre histoire. Et il faut l’assumer !

 

On entend dire aussi qu’il ne peut être que le drapeau des seuls Afro-descendants. S’il est vrai qu’il tire ses racines de la civilisation matrice africaine, rouge-vert-noir peut parler, symboliquement, à toutes les composantes de notre peuple : rouge et noir renvoient à des symboliques très fortes des civilisations asiatiques (indienne et chinoise), noir et vert opèrent de la même façon pour les influences du Moyen-Orient (sé sirien-an), le rouge pour la civilisation arawak/kalina (roucou) et pour la culture française (drapeau français, syndicalisme et socialisme).

 

7- Dans le cas même où on voudrait s’inscrire dans la démarche du concours, on ne peut que s’interroger. 

- « Un comité technique de sélection » est mis en place dont « les décisions ne peuvent faire l’objet d’aucune contestation et n’auront pas à être motivées ». Comment sont choisis l’artiste, l’enseignant des arts, le spécialiste de la communication, la personnalité de la société civile, les trois élus de la CTM ? Ce Comité technique de sélection lui-même ne donne qu’un avis qui, additionné à « l’avis exprimé par la population » par voie électronique (dont on connaît les limites), inspirera la décision du seul Président du Conseil exécutif qui « procédera librement au choix final » (cf article 5). Loin de nous l’idée de mettre en cause l’éthique du Président du Conseil exécutif mais, qu’on le veuille ou non, il se retrouve juge et partie, d’autant plus qu’il est partie prenante du débat depuis des décennies. Sa décision, comme celle d’ailleurs de tout autre Président de Conseil exécutif qui serait à sa place, ne peut être technique, elle ne peut être que « politique ». 

- D’autre part, l’article 9 prévoit que « le participant déclare qu’il est l’auteur de son drapeau, qu’il est issu d’une création originale et qu’aucune partie de celui-ci ne fait partie d’une œuvre préexistante ». N’est-ce pas là une façon d’exclure, à l’avance, les couleurs et le drapeau Rouge-Vert-Noir ? Il n’est même pas envisagé une éventuelle évolution de l’emblème RVN existant, comme proposé lors de certains débats (ajout d’un motif au centre du drapeau, ajout d’une couleur) puisque trois couleurs maximum sont admises (article 2).

 

8- Le pavillon raciste aux quatre serpents est en train d’être « jeté à la poubelle de l’histoire ». Mais, avec  la démarche initiée, on va vers la création d’un drapo-logo, avec le risque, vu l’implantation actuelle et la dimension du rouge-vert-noir, de créer une confusion et une division fratricide. Aussi, pour nous tous (élus, partis, associations, militants, particuliers), et notamment pour tous ceux qui adhèrent au RVN, l’heure est à la prise de nos responsabilités sur cette question.

 

Liannaj Rouge-Vert-Noir

Fort-de-France, le 18 décembre 2018


Sa ka fet ?

Conférence de presse du mardi 18 décembre 2018

A propos de la consultation drapeau organisée par la CTM


Concert des 20 ans du groupe Bélya

© Benny


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